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Tempête derecho: les propriétaires de forêts attendent toujours


Le 21 mai 2022, une tempête de type derecho a plongé dans le noir une grande partie des ménages du sud du Québec et de l’Ontario.

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Charles Fontaine

IJL – Réseau.Presse –Le Droit


Des toits de granges se sont envolés, une église a perdu sa cloche et des campagnards ont vu des arbres tombés et des forêts dans le désordre.


Pour plusieurs, ce désordre demeure. Même après de nombreuses demandes d’aide de la part des villes envers le gouvernement provincial, c’est le statu quo.


Le Droit avait rendu visite en août dernier à Jean-Claude Havard, propriétaire d’une petite forêt dans le canton d’Alfred et Plantagenet.


De nombreux sentiers traversent son terrain et il avait l’habitude de s’y promener en quatre roues avant la tempête.


L’octogénaire a quand même effectué un travail remarquable en enlevant lui-même les arbres morts qui bloquait ses sentiers principaux. Mais, il reste beaucoup à faire pour nettoyer sa forêt et reboiser. Pour ce boulot, il a besoin d’une aide professionnelle, qu’il ne peut pas se permettre financièrement.


En ce début d’année, il vit toujours dans une forêt dévastée.


«Il n’y a aucun intérêt du gouvernement à nous aider, remarque-t-il. On est chacun chez soi et on s’arrange avec nos troubles. En même temps, les forêts ont une importance pour tout le monde. Mais il semblerait que de perdre des hectares de forêts n’est pas important pour ce gouvernement.»


Il tente de trouver des compagnies qui seraient prêtes à entamer des travaux de coupes et de conserver les arbres ainsi coupés.


«Si on ne trouve personne, les arbres vont rester comme ça. C’est dangereux d’aller en forêt. De temps en temps, il y en a un qui tombe.»

La ville a contribué


Lors de la tempête, Catherine Kitts était conseillère municipale du quartier Cumberland à Ottawa. Elle est toujours conseillère de ce secteur, mais les limites du quartier ont changé lors des dernières élections et le quartier se nomme maintenant Orléans-Sud-Navan.


Sa région, notamment les villages de Navan et Sarsfield, a été lourdement frappée par les grands vents. La résidente de Navan, habitant en bordure d’un terrain de golf, a elle-même perdu 40 arbres sur son terrain. De sa fenêtre, elle aperçoit plusieurs arbres qui pourraient tomber au prochain grand coup de vent.


Dans les jours qui ont suivi la tempête, son rôle de conseillère était d’assurer une bonne communication entre les deux services d’électricité, soit Hydro Ottawa et Hydro One, et les résidents.


«C’était un gros travail de communication pour identifier les besoins des résidents à la ville et aux services d’électricité», se rappelle-t-elle.


Dans les mois suivants, la Ville s’occupait de ramasser les arbres morts que les gens mettaient sur le bord de la rue. La Ville d’Ottawa a aussi éliminé les frais de permis de construction pour tout dommage lié à la tempête.


La facture de la Ville liée à cet événement météorologique s’élève à 20 millions de dollars. Chez Hydro Ottawa, ce chiffre monte à 23,8 millions. Ottawa a déposé une demande de compensation financière à la province et est toujours en attente. Elle souhaite également que le gouvernement de l’Ontario offre de l’aide aux sinistrés.

Pourquoi un programme?


La province tient un programme nommé Demande d’Aide aux sinistrés pour la reprise après une catastrophe naturelle, où le gouvernement assume les coûts de nettoyage et de réparation de biens privés.


Pour qu’une région soit couverte, le ministre des Affaires municipales et du Logement, Steve Clark, doit activer ce programme. La municipalité d’Uxbridge a reçu cette aide après la catastrophe de mai dernier. Catherine Kitts est choquée de voir cette municipalité obtenir de l’aide, et pas les autres régions presque aussi touchées.


«Je ne comprends toujours pas cette décision. Pourquoi avoir ce programme, si dans le cas d’un désastre naturel comme celui-ci, on ne l’utilise pas? Même si ce n’est qu’un petit nombre de personnes qui ont toujours une forêt en désordre, ils ont été frappés par une catastrophe naturelle. Ils payent des taxes, alors pourquoi ont-ils été oubliés par le gouvernement? Ils sont laissés à eux-mêmes.»


Elle souligne qu’il risque de survenir plus de catastrophes de la sorte dans le futur. De ce fait, la Ville pourrait créer une réserve pour les désastres naturels. Mais pour le moment, elle n’a plus un sou à investir dans ce dossier.


La Ville a demandé au ministre Clark de se déplacer et de venir constater les dommages, sans réponse. «Je n’ai pas beaucoup d’espoir que le programme sera activé. J’espère au moins qu’on aura de l’aide pour couvrir les coûts engendrés par la ville», conclut Mme Kitts.


Les forêts bénéficient à tous


Dans l’Est ontarien, où la tempête a frappé fort, le bénévole et vice-président de Boisé-Est Jean Saint-Pierre s’acharne à obtenir de l’aide gouvernementale.


Il mentionne les pertes financières, notamment d’érablières, mais surtout les pertes environnementales.


«On réalise qu’il y a encore des gens qui ne comprennent pas le rôle des forêts et de la biodiversité», souligne-t-il.


Le biologiste de formation mentionne que ces désordres peuvent donner naissance à des plantes envahissantes qui peuvent empêcher la régénération. Son plan serait d’enlever les arbres morts tout en utilisant ce bois pour du bois de construction par exemple.


Ensuite, il faut replanter sans défricher, pour ne pas perturber le sol qui contient beaucoup de carbone. La prochaine étape est de transplanter intelligemment en fonction de l’endroit, en plantant des espèces variées. Finalement, un suivi doit être effectué pour s’assurer qu’il n’y a pas de plantes envahissantes.


Pour réaliser cela, la plupart des propriétaires de terrain boisé ont besoin d’aide financière, car il est très dispendieux d’engager des entrepreneurs pour ce genre de travaux. Sinon, ils font comme Jean-Claude Havard et laissent leur forêt dans cet état.


M. Saint-Pierre ne baisse pas les bras, même s’il ne semble pas y avoir d’ouverture de la part du gouvernement provincial.


«On est convaincu qu’il y a suffisamment d’organisations intéressées par l’environnement qui pourraient nous appuyer», dit-il en pensant à la Fondation David Suzuki, par exemple.

L’argument est que ces forêts sont privées et qu’il n’est pas justifiable d’utiliser l’argent des contribuables pour réparer les dégâts revient souvent dans les réponses politiques.

Jean Saint-Pierre répond à cela qu’elles bénéficient à tous en offrant une meilleure qualité de l’air.


«Les terres humides absorbent l’eau lors de grandes pluies, ce qui réduit les risques d’inondations. Les inondations coûtent aussi de l’argent aux contribuables. Ce sont des frais que l’ont peut réduire. Les forêts sont des services publics, en réalité.»


Points positifs


Cette tempête n’a pas créé que des impacts négatifs sur l’environnement. Le professeur d’écologie forestière à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) et à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Christian Messier, note plusieurs points positifs liés à l’environnement qui émane de cet événement climatique.


«C’est sûr que c’est dommage de voir des forêts qu’on a entretenues, détruites, mais ça fait partie des perturbations naturelles qui maintiennent la diversité des forêts, soutient-il. Quand il y a de grosses tempêtes de vent comme ça, ça crée de grandes ouvertures dans la forêt et ça favorise des espèces d’arbres qui n’avaient pas de lumière et qui n’auraient pas pu se développer s’il n’y avait pas eu ces tempêtes-là.»


Il ajoute que le bois mort est bénéfique à toutes sortes de champignons, d’insectes et d’oiseaux. Il concède qu’à court terme, la captation de CO2 diminue vu qu’il y a moins de feuillage. «Mais très rapidement, d’ici une dizaine d’années, le feuillage va revenir avec les nouvelles pousses et la forêt va se remettre à capter du carbone», ajoute-t-il.


Le professeur note que cette tempête contribue à l’effet albédo, où la lumière du soleil est réfléchie par une surface et donc, où le sol n’absorbe pas la chaleur.


«Les conifères ont un feuillage foncé l’hiver, qui absorbe l’énergie solaire, ce qui réchauffe plus l’environnement qu’une forêt feuillue sans feuillage l’hiver. La lumière va passer à travers les branches et être réfléchie par la neige, donc l’atmosphère est refroidie, parce que le sol n’absorbe pas la chaleur. Le fait d’avoir du sapin contribue au réchauffement de la planète en hiver. Comme la tempête a surtout affecté les sapins, ça va avoir un impact positif sur l’albédo et diminuer le réchauffement planétaire», explique M. Messier.


Il concède toutefois que lorsque les forêts n’ont pas une assez grande diversité d’espèces, où si le couvert forestier est trop fragmenté, il serait opportun de planter des espèces diversifiées.

Seuls les Comtés unis de Prescott-Russell pourraient accorder une aide aux propriétaires de boisés pour le moment. Le conseil votera lors de leur première réunion de l’année en janvier à ce sujet.



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